Actualités

Inscrivez-vous flux rss

imprimerenvoyerrecevoir

Xmax, deux doigts d’info, deux doigts d’intox


Edition du 13/07/2005 - par Marc Olanié

A lire cet article de Reuter retransmis par MSNBC l'on pourrait croire que la Transmission Miraculeuse vient d'être découverte. A en suivre les explications techniques disponibles sur le site de l'inventeur, le principe semble trop beau pour être vrai : xMax est un procédé de modulation spécialement étudié pour les émissions haut débit, sur des fréquences de la bande VHF/UHF, et qui utilisent un niveau de puissance plusieurs milliers de fois inférieur à ce que l'on a l'habitude de rencontrer dans le secteur de la transmission de données.

Une porteuse -très étroite d'un point de vue spectral- concentre la plus grande partie de l'énergie rayonnée, et les bandes latérales, qui transportent l'information à proprement parler, se situent à des niveaux de puissance considérablement inférieurs, presque indécelables. Du coup, du point de vue de l'utilisation spectrale, une émission xMax « semble » ne consommer que très peu de place, puisque le transport de l'information est noyé dans le bruit, ou presque. En réalité, les bandes latérales de l'émission occupent une bande passante non négligeable -le théorème de Shannon-Hartley est toujours vivant-, même si leur niveau d'énergie les rend difficilement discernable.

S'ajoute à ceci un autre avantage : comme xMax est étudié pour fonctionner de 150 MHz à 900 MHz environ, il tire parti de la souplesse de propagation des VHF en milieu urbain. Sont ainsi éliminés les problèmes de liaisons Nlos (transmissions par réflexion) parfois si difficiles à établir en hyperfréquences. Devraient également disparaître les aléas liés à la surexploitation des fréquences basses, puisqu'une émission xMax pourrait être glissée « au chausse-pied » entre deux canaux, dans l'étroit interstice de la bande de garde séparant deux transmissions. C'est du moins ce qu'assurent ses concepteurs. Enfin, sur 150 MHz, couvrir une distance d'une dizaine de kilomètres avec une puissance inférieure au milliwatt n'est pas chose impossible. Détail d'une affligeante banalité pour un opérateur radio professionnel, mais qui peut paraître bien « miraculeux » à tout habitué des transmissions WiFi WiMax et concurrentes. En outre, les fréquences VHF que vise xMax sont insensibles aux bruits thermiques, aux absorptions hygrométriques et autres obstacles naturels tellement « énergivores » et synonymes de catastrophes dans le domaine SHF.

Mais ces articles passent sous silence un certain nombre d'inconnues. En premier lieu, il est nécessaire de préciser que xMax est une technologie expérimentale. Que les résultats de laboratoire sont parfois très éloignés de la réalité, et que les « bandes de garde », dans la nature, sont rarement aussi propres qu'il y paraît. Une aurore boréale, un sursaut d'activité solaire, et la télévision italienne vient flirter avec les transpondeurs de la police municipale d'un commune d'Ile de France. La discrète porteuse vient alors perturber et se faire perturber par d'autres émissions, et génère à son tour des parasitages que l'on nomme « produits d'intermodulation ».

D'autre part, et à l'instar des transmissions par courants porteurs, il n'est pas établi que la multiplication de tels appareils ne contribue pas à un accroissement notable, à terme, du « noise floor », du niveau de bruit résiduel général. Or, ce genre d'inconvénient, nul ne peut le quantifier. Pour prendre un exemple très imparfait, ce serait comme si deux personnes se mettaient à chuchoter au centre de la pelouse du Grand Stade de France. Un observateur, placé au gradin 834, n'entendra strictement rien, pas plus que si 30 personnes se susurraient des confidences sur le gazon : la mesure est techniquement impossible à quantifier. Mais que la pelouse se remplisse, et ces murmures se transformeront en une rumeur permanente, qui forcera nécessairement les interlocuteurs situés dans les gradins à élever la voix pour se faire entendre. Ce qui, à son tour, augmentera le niveau de bruit, qui engendrera lui-même une escalade vocale, et ainsi de suite. Les personnes « en voie de développement » dont les moyens financiers ne permettent que de disposer d'émetteurs-larynx capables de chuchoter, ne pourront plus dialoguer, tandis que les personnes « pays riches » pourront, en participant à une coûteuse escalade de puissance de leurs cordes vocales, entretenir leur bruyant confort d'internautes technologisants. De toute manière, les espérances de développement de xMax et des CPL au Bengladesh ou au Darfour sont proches de l'inverse de l'infini, alors...

Le phénomène est connu, et a été constaté de nombreuses fois sur toutes les fréquences laissées en friche pour « utilisation citoyenne » (les fréquences Cibistes notamment). Mais cette notion d'augmentation du niveau de bruit est sans cesse remise en question par l'opportunisme de bon nombre d'industriels, qui avancent l'argument du« y'a pas de mesure connue dans la bande de fréquence considérée ». Un sophisme un peu trop pratique, car, avant qu'un xMax ne se généralise, les mesures ne font apparaître aucun bruit, et après coup, il est trop tard pour revenir en arrière... le marché est constitué et l'on imagine mal comment interdire l'usage des millions d'appareils vendus depuis.

XMax n'est pas forcément une « mauvaise technologie ». Comme le précisent ses concepteurs, elle pourrait même singulièrement améliorer la bande passante de certaines liaisons cuivre, câble et DSL notamment, et pourrait même donner accès à des applications typiquement large bande -VoIP, streaming- là où le modem est encore le seul moyen de communication numérique.

Rejoignez reseaux-telecoms.net, commentez cet article
Nombre de commentaires postés (0) - Lire tous les commentaires
Pour commenter cet article inscrivez vous ou identifiez vous ci-dessous si vous êtes déjà inscrit :

Email :
Mot de passe :  oublié ?
Mémoriser mes identifiants
L'ACTUALITÉ DU JOUR
IBM publie X-force, son palmares des vulnérabilités en ligne

Désigné plus mauvais ''patcheur de vulnérabilités'', Google conteste la méthode de (...)

Cisco crée un correctif pour le bug qui a planté 1% du web

Cisco a corrigé un bug dans son logiciel d'exploitation pour routeur, IOS (Internetwork (...)

Le site de e-commerce 2xmoinscher sécurise ses transactions en ligne

2xmoinscher.com est un site spécialisé dans le commerce entre particuliers. Il  a (...)

Hadopi : tentatives de phishing via de faux mails d'avertissement

Au moment où Hadopi promet l'envoi des premiers mails d'avertissement, de faux courriers (...)

Tentatives de phishing autour du paiement des impôts

En cette période d'avis d'imposition, certains contribuables reçoivent un courrier (...)

Socotec sécurise ses échanges B2B via des certificats électroniques

Présent sur le marché de la construction, de l'immobilier, de l'industrie et de la (...)

Réseaux sociaux : les utilisateurs dévoilent facilement leurs données personnelles

Une étude menée par BitDefender, fournisseur de solutions de sécurité, a démontré (...)

Recherche

Sondage flash
La principale faiblesse du Cloud Computing, c'est

Conférences
21/09/2010
DECISIONNEL
De 8h30 à 14h00 au Pavillon Dauphine - Paris 16e
Agenda
Du lundi 13 septembre 2010 au mercredi 15 septembre 2010
Université d'été : « Les fondamentaux pour réussir les projets stratégiques à Dominante SI »
Jardins de Bagatelle (Paris, Bois de Boulogne)