

Un Geek français arrêté par la police londonienne
Edition du 28/09/2005 - par
Marc Olanié
Délit de sale gueule, port d'ordinateur sans permis dans un sac à dos, lecture subversive d'articles tirés de Wikipedia, léger accent étranger (français... c'est dire)... De surcroît, le suspect portait « hors saison » un imperméable alors que, pour une fois, le weather londonien n'était ni au smog, ni au crachin, ni à la bruine, ni à l'orage, ni à l'averse, ni... bref, à tout ce qui fait le charme et la diversité du climat britannique.
Sincèrement, il y avait là assez d'indices pour que les vaillants policiers du Yard capturent et menottent cet individu fortement suspect, le conduisent au poste afin de mieux fouiller son viatique et récupérer au passage quelques menues informations à verser au sommier : photographie anthropométrique, empreintes digitales, échantillon d'ADN... Mais l'histoire ne s'arrête pas là, nous apprend un long article du Guardian. Car, contrairement à la France, où toutes les exploitations des cavaliers législatifs ne sont pas encore arrivées à terme, l'on peut, en Bretagne Grande, ordonner une perquisition sur simple invocation du « Terrorism Act ».
Et les pandores de fouiller l'appartement de cet individu au faciès sinistre... Imaginez ! Il possédait, outre quelques téléphones cellulaires (outil dénotant nécessairement d'une activité terroriste), un GPS, des cartes de Londres et quelques vieux ordinateurs des années 90. A cette liste doit-on ajouter la détention d'une véritable « Break Box » RS232, un machin constitué de fils et d'interrupteurs capable d'intervertir les signaux CTS et RTS, TxD et TxD et autres combinaisons de sorties série que la morale ne peut que réprouver. Inutile de préciser que la saisie en question a dû faire travailler nombre d'experts au MI6.
Moralité : Quand tu es à Londres, ne prends pas le métro avec un sac à dos.
Epilogue :Le suspect fut relâché, ses impédimenta rendus au compte-gouttes, ses données personnelles éparpillées au sein de différents services policiers. Qu'en conclure ? Que les agents de la Force Publique de Sa Gracieuse Majesté sont de bien braves gens, d'une magnanimité extraordinaire. Car le passé de ce dangereux informaticien binoclard est noir comme de l'encre. Sa geekitude l'a poussé à bâtir un site Web éminemment suspect. Sur lequel, outre des propos oiseux sur le terme Gizmo, l'on apprend son appartenance au Cymbalum Pataphysicum et par le travers d'ycelui un certain penchant pour les oeuvres OuLiPistes en général et les palindromes bilingues en particulier. Les services de renseignement de CSO France auraient même découvert que cette personne aurait collaboré à la rédaction de documents techniques chez Symbian... Or, Symbian, n'est-ce pas le noyau « mobile » vecteur de propagation des virus Cabir et assimilés ? Pis encore, des années durant, David Mery -c'est son nom- fut Rédacteur en Chef d'EXE, opuscule extrémiste d'expression anglaise poussant la jeunesse à adopter des langages Open Source et à programmer en C++. Avant encore, son passage dans les rédactions de divers magazines français avait dévoilé l'aspect fondamentalement irrécupérable du personnage : programmeur fou, passionné de communications par modem -il fit un passage éclair chez PNB-, lecteur assidu des ouvrages subversifs de Mark Russinovich (auteur de Inside Windows NT), utilisateur de noyaux pervers et immoraux, il fut notamment membre d'OS/2 Mania, association d'utilisateurs d'OS/2, et utilisateur fréquent du BBS Suptel ... mais brisons cette théorie de faits accablants. Il y a là assez pour que ce Monsieur Mery finisse ses jours derrière quatre murs, un clavier, un écran et les oeuvres complètes de Raymond Queneau. Et ce sera bien fait pour lui.
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