

Ne touchons surtout pas à l'industrie du piratage
Edition du 23/06/2006 - par
Marc Olanié
Trouver une publicité Orange ou Alice sur un site réputé héberger des WarEZ ne choque personne, ou presque. Hormis peut-être quelques petits producteurs et réalisateurs, comme Christophe Barratier qui, ainsi en témoigne cet article de l'AFP, a intenté un procès contre les « supporters financiers » des réseaux de piratage, autrement dit les annonceurs publicitaires. Un Christophe Barratier qui, bien entendu, a été débouté. Le réalisateur des Choristes s'insurgeait que les « sites P2P » (ndlr : les boards de WarEZ également) affichent moultes réclames glorifiant la grandeur des principaux opérateurs télécom et fournisseurs d'abonnements ADSL. C'est oublier que, des années durant, ces mêmes opérateurs ont revendu leur bande passante en vantant les mérites du téléchargement de musique et de films « plus rapidement que chez les autres », à une époque ou les réseaux de vente officiels étaient embryonnaires, voir inexistants. Hypocrites ? non, simplement en avance sur leur temps, probablement. Après 5 ou 6 ans de marketing viral et d'addiction au téléchargement illégal et gratuit, comment peut-on espérer le retour à une situation normale ? Comment également peut-on croire que ces mêmes annonceurs vont abandonner une technique qui leur a si bien réussi jusqu'à présent ?
Ajoutons que, durant toute cette période, le législateur n'a pas osé bouger le petit doigt -il fallait bien que l'industrie du disque et du cinéma « trouve sa voie et de nouveaux moyens techniques » et que les Autoroutes de l'Information se développent. Question de priorités politiques et industrielles. Maintenant que le virus est implanté, les Dadvsi et disposions mercantiles se votent dans l'urgence. Une urgence que l'on préférait ignorer jusqu'à présent.
Cette complicité passive de piratage, on la retrouve encore et toujours dans l'industrie des produits bruns -les « graveurs DVD de salon » par exemple, les autoradio « compatibles CD-R et MP3 », les lecteurs de salon « DivX aware »... vendus à une clientèle qui, généralement, serait bien incapable de générer ses propres fichiers DivX. Bien entendu, aucun juge ne reconnaitra la notion « d'alliance objective » chère à Engels. Les sites de téléchargement, et à plus forte raison de téléchargement de contenus piratés, attirent un nombre considérable de visiteurs. Ce sont donc des vitrines exceptionnelles pour des annonceurs vendant leur abonnement à une clientèle essentiellement intéressée par les downloads massifs. Que celui qui n'a jamais entendu « mais si c'est pas permis de télécharger, Internet, çà sert à rien... d'ailleurs, tout le monde le fait » nous jette le premier tombereau de pavés bretons.
Autant la décision du Tribunal semble sage, puisqu'elle refuse de se prononcer sur la « moralité a priori » d'un site en fonction de son contenu ou de son activité présumée (bien qu'il ne s'agisse pas de la raison invoquée officiellement), autant le combat de Christophe Barratier est légitime. Il ne s'agit pas là, pour une fois, d'un éditeur cherchant à préserver une rente de situation, mais d'un artiste dénonçant un état de fait malsain et perdurant depuis trop longtemps. Barratier a seulement oublié un détail insignifiant : il est plus simple d'expédier un demi-sel du WarEZ à l'ombre pour quelques mois que de s'attaquer à un lobby industriel. Barratier non plus, n'a pas lu Engels.... A moins qu'il ait trop lu Cervantes...
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