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Hacking : WiFi, la plaie béante des réseaux


Edition du 10/06/2004 - par Marc Olanié

Le WiFi, c'est cette technologie qui dégouline de pirates, qui fait fuir plus de données qu'elle n'en transmet, et qui ne devrait, il faudra bien l'admettre un jour ou l'autre, dépendre que de structures ou d'organismes « responsables » capable de déployer correctement ce genre de réseau. Et dans le genre ange salvateur, qui de mieux qu'un solide opérateur, avec ses SLA, ses factures et ses services, taillés, à l'instar des costumes, sur mesure. Et, pour les aider dans cette difficile conquête d'un marché aussi miné qu'une plage de Juin 44, qui de plus indiqué qu'un consultant en sécurité spécialisé dans le secteur des transmissions sans fil.
Ainsi, dans les colonnes deVNUNet.com, cet article intitulé « quatre cinquième des réseaux sont saignés à blanc par le WiFi » . Les chiffres sont fournis par une entreprise tirant ses revenus de la sécurité appliquée au monde sans fil, c'est dire. Reste que, même en « dépréciant » les chiffres, le sondage est inquiétant. Après 6 mois d'étude couvrant une centaine d'entreprises -dont certaines multinationales-, il apparaît que 80 % des réseaux d'entreprise sont accessibles depuis le coin de la rue. Par secteur professionnel, deux tiers des banques, 60 % des sociétés de services du secteur de la finance, et la quasi-totalité des établissements d'éducation présentaient des fuites potentielles de données.
C'est dans ce climat de franche insécurité que survient l'inculpation de Brian Salcedo, un « wardriver » pris la main dans le sac, alors qu'il était en train de pénétrer, via son réseau radio, dans les entrailles d'un supermarché pour y faire de menus prélèvements de données. Des numéros de cartes de crédit notamment. Précisons que le balayage d'une fréquence publique et le repérage de points d'accès non protégés et publics n'est en aucun cas un acte répréhensible, pas plus que ne l'est le fait de commuter un récepteur radio de France Inter à RMC. C'est le piratage qui est condamnable, pas l'outil dont l'usage a été dévoyé. D'autre part, remarquons que c'est là l'un des premiers cas de piratage effectif, ce qui tendrait à prouver que la moralité des hackers usagers des réseaux 802.11 n'est pas aussi déplorable qu'on veut bien chercher à le faire croire. Mais sans cet entretien constant de la troïka « peur, incertitude et doute », comment amorcer le marché juteux du conseil en « sécurité wireless » et la vente de services payants ?

Car il faut bien reconnaître, les temps sont durs pour les opérateurs qui tentent d'exploiter le filon Internet sans fil. Dans un article de l'International Herald Tribune du 8 juin intitulé « Faire en sorte que le challenge WiFi rapporte », Matt Richtel dépeint un univers relativement sombre. Cometa, startup du « hot spot payant », pourtant soutenu par IBM, Intel et AT&T, a dû se retirer de la course après 2 ans d'activité se soldant par un retour sur investissement peu probant. Verizon Wireless, qui tablait l'an passé sur 1000 points d'accès publics WiFi, a réduit de 50 % ses ambitions de déploiement. Durant cette même période, les hots spots gratuits se sont multipliés dans une proportion considérable. A.P. appartenant à des particuliers, mais aussi équipements installés par des professionnels, « offerts » à la clientèle de tel ou tel magasin, de tel ou tel centre culturel ou social... lorsque ce n'est pas la municipalité qui décide de s'en mêler. Même les clients de géants comme T-Mobile déclarent se débrouiller pour utiliser au maximum le potentiel de ces « Free WiFi », et n'accepter d'enrichir l'opérateur que « lorsque cela n'est pas possible autrement ». Un T-Mobile qui compte près de 4 650 hots spots répartis sur le territoire US, en des points judicieusement choisis : centres de photocopie Kinko, business centers d'hôtels, salons d'affaires et « lounges » d'aéroports, chaîne de cafés Starbuck... 10 dollars la journée, 30 $ par mois, 20 $ mensuels « seulement » pour les abonnés au service cellulaire de l'opérateur. Et Joe Sim, General Manager de ce département très particulier de T-Mobile de préciser « we fully expect to make money in the public hot spot business ». Quelqu'un qui déclare espérer faire de l'argent, sous-entend qu'il n'en gagne pas encore.
Et si, précisément, les cols cravates complets vestons n'étaient pas la terre promise des opérateurs WiFi ? et si précisément, on parvenait à vendre du wireless comme du SMS, à une clientèle pré-ado surfant sur la vague de la sauce ketchup et du blog intimiste ? Pari tenu par SBC, qui équipera, le contrat est signé , 6000 temples de la non-gastronomie ayant pour effigie un clown au sourire inquiétant. SBC joue également sur le registre SoHo, avec des points d'accès répartis dans tous les bureaux UPS, ainsi qu'au sein des écoles et établissements hospitaliers. Les abonnements mensuels de SBC voisinent les 20 $ par mois.
Il est, c'est certain, bien trop tôt pour tout miser sur le cheval Wireless. Ce marché parallèle est effectivement potentiellement exploitable, mais l'actuelle fantaisie des tarifs, l'absence de roaming ou d'abonnements multi-opérateurs couvrant plusieurs pays, la faiblesse de couverture des hots spots eux-mêmes, l'absence de garantie en matière de QoS voire en terme de connexion réelle, tout çà fait du 802.11 un navire bien hasardeux. Les promesses du « Wimax », que les opérateurs tentent de s'accaparer sans laisser possibilité aux particuliers de posséder le moindre point d'accès, devraient « pacifier » le marché et clarifier la situation. En attendant ces « jours bénis », le WiFi demeurera le terrain de jeux des hackers, (une arrestation tous les 6 ans, c'est dire le climat d'insécurité) et sera la preuve que seuls quelques professionnels sont capables d'installer un réseau opérationnel.

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