

Antispam à l'Européenne : 4 ans de bruit pour rien
Edition du 30/11/2006 - par
Marc Olanié
C'est presque un constat d'échec que dresse la C.E. lorsqu'elle se penche sur le chevet d'Internet en général et du courrier électronique en particulier. Rongée par le pourriel, les logiciels d'espionnage, les programmes malveillants, l'Autoroute de l'Information se constelle d'ornières. Le spam à lui tout seul coûte 3,5 milliards d'euros à l'Allemagne, 1,9 milliard d'euros au Royaume-Uni et 1,4 milliard d'euros à la France. Une France qui, si l'on en croit les statistiques employées par le communiqué de la Commission, arrive en troisième position dans le triste record des pays les plus producteurs de courrier non sollicité, derrière les USA, la Chine, ex-æquo avec la Corée du Sud. Il faut dire que les entreprises fantômes, les procédures « légales » de désabonnement d'une complexité ubuesque, les « contrats d'acceptation aux courriers d'information marketing » imprimés en petits caractères sont monnaie courante sur l'axe Brest-Strasbourg/Lille-Marseille. Faute de budget, faute de personnel, faute de structure probablement.
Mais l'avertissement de 12 pages parvient tout de même à trouver un exemple à suivre. Celui des Pays Bas, dont le taux de spam a chuté, semble-t-il, de 85 %, grâce à un investissement ne dépassant pas 570 000 Euros. Egalement présent sur le tableau d'honneur la Finlande, qui affirme avoir réduit la proportion de pourriel de 80 à 30 % grâce à une politique soutenue de filtrage des emails. Sans prendre de grand risque, l'on peut avancer que le retour sur investissement d'une telle mesure ne dépasse pas 6 mois dans le pire des cas. Peut-on imaginer qu'un jour chaque Etat Membre puisse adopter de semblables mesures ? Rien n'est moins sûr. Le spam, ou plus exactement le volume de spam, est proportionnel au nombre de machines connectées à Internet, et indirectement aux « botnets » constitués d'ordinateurs familiaux mal protégés. Ce spam qui affecte l'Industrie est aussi, est surtout estiment les experts, un mal prenant racine dans les tréfonds de l'informatique familiale. Si l'Allemagne et la Grande Bretagne, avec leurs « Certs grand public », tentent d'enrayer le problème en entament des mesures de sensibilisation et d'information, d'autres pays refusent énergiquement d'investir dans la prévention, donc dans le long-terme. Est-il étonnant, dans ces conditions, de voir la France figurer au premier rang des pays spammeurs dans le monde ?
Il faut garder espoir, estiment les spécialistes de la Commission, qui avancent quelques initiatives nationales, la création de structures de concertation telle que le Réseau de contact des autorités antispam (CNSA)... qui rappelle à s'y tromper l'initiative de l'ITU. Un CNSA dont le travail serait de réunir les principaux responsables de chaque Etat afin de combattre le pourriel de façon concertée, puisqu'il s'agit d'une pathologie transfrontière. Une initiative notamment encouragée par l'OCDE. Mais un OCDE qui compte, parmi ses membres, les Etats-Unis, pays ayant spécifiquement voté des lois d'Etat protégeant le métier de polluposteur (loi CAN-Spam) en acceptant le principe de l'opt-out. Des dispositions qui, on s'en doute, seront difficiles à infléchir et demanderont de nombreuses concessions et efforts diplomatiques de part et d'autres. S'ajoutent à ceci des encouragements financiers et politiques dans le secteur du développement des contre-mesures, de l'incitation auprès des entreprises... et la manière forte. « Si dans un an les choses n'ont pas changé », nous promet Viviane Reding, Commissaire responsable de la Société de l'Information et des Medias, « nous seront forcés d'envisager de nouvelles mesures législatives pour combattre cette plaie ». Selon les statistiques établies par un professionnel du courrier sécurisé, Postini, le volume mondial de spam était estimé à 2,5 milliards d'emails en juin... et à 7 milliards en novembre. Les choses devraient empirer considérablement durant les fêtes de fin d'année. Qu'en sera-t-il dans un an ?
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