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Le web, la guerre, l'info et l'intox ...


Edition du 27/03/2003 - par Marc Olanié

Il aura fallu attendre le conflit irakien pour que le public découvre les "Weblog" ou blogs, ces sites souvent personnels, combinant opinions et compilations d'agences de presse -souvent automatisées.
Circuit parallèle de l'information, avec des temps de réponse excessivement rapides, ces blogs forment une sorte d'underground de la correspondance de guerre, souvent vus par leurs lecteurs comme une « mine à scoop ».
Certains sites sont tenus avec sérieux, d'autres avec fantaisie, tous avec passion, une part non négligeable d'entre eux émanant directement des équipes de journalistes travaillant sur les terrains d'opérations.
Ainsi le collectif des correspondants de la BBC, du freelance Chris Allbritton, ou de Kevin Sites, envoyé spécial de CNN. Un blog, soit dit en passant, qui a été mis en sommeil sur injonction du network américain.

Le plus souvent, ces « instantanés de guerre » sont le fait de particuliers, tel le web L.T., cocardier en diable, ou Salam Pax/Raed que certains soupçonnent d'être noyauté par les services de renseignements US.

D'autres encore confinent à l'agence de presse, relatant minute après minute le moindre incident, comme l'Agonist ou le Command Post.

Tous, plus ou moins, sont frappés d'une sorte de syndrome de Stockholm les poussant à s'identifier aux combattants et à témoigner des événements en y prenant une part active. « Aujourd'hui, Nous sommes allés en mission de reconnaissance... », « Les troupes de libération ont, ce matin ... »... en « engageant » un contingent d'hommes des médias, le haut-commandement américain est parvenu à biaiser en partie l'objectivité des témoins.

Et Internet, pour sa part, en offrant un canal de diffusion de l'information continu, a achevé cette « oeuvre » en substituant l'instantanéité au filtrage, en supprimant toute analyse, tout recul, au profit d'un foisonnement de données éparses.


Le Blog, c'est Stendal racontant Fabrice Del Dongo à Waterloo, une vision personnelle de la guerre, tableau émouvant mais totalement dissocié du plan de bataille général, des enjeux et des mouvements d'ensemble.
Parfois, cependant, l'anecdote parvient à synthétiser l'océan de différences culturelles des deux peuples qui s'affrontent. Ainsi ce témoignage du Guardian, « blogué » par Brain Off et rapportant les propos d'un soldat américain : « J'ai tout parcouru, de Bassora à ici, et j'ai pas vu le moindre centre commercial ou le plus petit restaurant Fast Food. Les gens ici n'ont rien. Chez nous, même dans le plus petit patelin de 2 500 habitants, on trouve un McDo d'un côté et un Hardee's de l'autre ».
Propos tenus aux pieds des ruines de Ur, la cité plusieurs fois millénaire, ville natale d'Abraham et de Booz endormi. « C'etait l'heure tranquille où les lions vont boire. Tout reposait dans Ur et dans Jerimadeth; ».
Les lions ont disparu, Ur n'est plus que sable, et les GI's ne peuvent, avec leur GPS, trouver le lieu exact de ce « J'ai rime à dait ».