Deux chercheurs britanniques publient dans le Security Focus une étude intitulée The True Computer Parasite . Ces deux docteurs es-virus confirment, par une analyse statistique, ce très net renversement de tendance : moins le virus est un « hack de hacker » en quête de renommée et d'affirmation égotiste, plus il sert les intérêts de groupes mafieux organisés, moins il détruit l'ordinateur cible de premier niveau. A tel point que le premier risque, s'inquiètent les auteurs, c'est de voir la population des usagers grand public négliger de plus en plus les principes premiers de protection et de mesures prophylactiques. Un virus qui ne « tue » pas la machine ni ne détruit de fichiers ne fait plus peur, il devient donc inutile de s'en protéger. Et qu'importent les autres victimes secondaires.
Cet aquoibonisme, c'est la force des pirates d'aujourd'hui. Car, en devenant anodines, les infections démobilisent l'esprit des usagers. Cette démobilisation a pour première conséquence la fragilisation de l'informatique privée, celle du marché domestique et artisanal, de loin le parc le plus important qui soit. Et cette fragilisation a pour premier effet d'accroître l'armée des ordinateurs vulnérables, potentiellement utilisables dans un arsenal de cybercrime à grande échelle : les fameux Botnets visant les grandes entreprises et autres réseaux de relais smpt pour spammeurs. CQFD.
Comme le faisait remarquer la semaine dernière les spécialistes de F-Secure (voir article de ce jour « Le Spam, un commerce de plus en plus moral »), il ne serait pas étonnant que les avatars désagréables d'Internet disparaissent d'eux-même sous la pression des mafias diverses. Le pourriel deviendrait « supportable », pour ne pas inciter les usagers à renforcer leurs protections antivirales, et donc simplifier le travail des pirates... qui « zombifient » les machines d'internautes pour les louer... aux polluposteurs notamment. C'est ce que l'on appelle une autorégulation des marchés, et même chez les truands, ça marche.