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Avec ma gueule de métèque…


Edition du 29/10/2003 - par Marc Olanié

Ce n'est pas nouveau : être basané (de peau ou d'esprit), de l'autre coté de l'Atlantique, ce n'est pas plus amusant qu'en nos contrées. Peut-être moins même. Continuant à se chercher un coupable expiatoire, et constatant que les incessantes stigmatisations des « traîtres européens » ne servaient pas à grand-chose, l'industrie informatique US commence à dénoncer les « pauvres ». Pour preuve, un article du New York Times dénonçant l'activité des hackers brésiliens (enregistrement obligatoire) et intitulé « Le Brésil devient le laboratoire du cybercrime ». Bien sur, le plus important générateur de virus en VBScript est effectivement originaire de ce pays. Mais on y trouve également des « white hats » très actifs, passés sous silence par le NYT et heureusement visibles au sein des listes de discussion mondiales. Silence d'autant plus troublant qu'il semble que, plus le lecteur avance dans l'article, plus est confuse la distinction qui existe entre hacker et cracker.
Frappés du même sceau d'infamie, les Roumains font aussi l'objet d'une chasse aux sorcières, au fil d'un article de l'AP titrant « La Roumanie, nouveau centre nerveux mondial du cybercrime » que nous avions déjà mentionné. Sacrés Roumains ! Et bientôt, ce sera au tour des anciens satellites de l'URSS qui hébergeaient les grands centres de cyberguerre travaillant pour le compte du « guébé » : la Hongrie, la Slovénie, la Pologne c'est-à-dire nulle part... sales pauvres ! Encore heureux que l'antenne locale du FBI, à Bucarest, puisse y mettre bon ordre et « enseigner » aux bons sauvages de ces régions de techno-friche, comment extraire les mauvaises graines. A ce rythme là, on risque de lire très prochainement des articles objectifs sur les « fichu pirates juifs », des poulets sur les « ignobles hackers palestiniens », des éditos conspuant les « détestables codeurs philippins » et des dossiers traitants des « criminels en col blanc de la vallée du Gange ». Un peuple, une ethnie, un citoyen ne peut, ne doit être assimilé à un courant de pensée ou à une activité répréhensible. Et un truand demeure un truand, qu'il soit blanc, noir, jaune, rouge ou vert. *

Comment combattre alors cette vermine rampante ? Mais en créant un corps expéditionnaire de « volontaires redresseurs de tords », explique l'éditorialiste du Ventura County Star qui titre« Engagez vous, rengagez vous dans la légion des hackers ». On frise là l'oeuvre littéraire digne de Robert Heinlein, avec de vrais morceaux d'esprit cocardier dedans, genre « cyber frontiersmen who want to serve their country ». Mais les corps expéditionnaires ont tous un point commun, celui de connaître des réveils difficiles et des nervous breakdown ; Port Arthur, Camerone, Hanoi, l'Espagne sous Napoléon ou du temps des brigades internationales... il n'y a jamais que les « civils » étrangers au monde militaire pour jouer les va-t-en-guerre et inciter à partir au combat, la fleur au fusil et la pince à linge ouverte, histoire d'aller faire sécher du linge sur la ligne Siegfried des pays hébergeurs de virus.

Fort heureusement, ce champ de bataille fait très peu de morts, sinon du coté de l'amour propre. Reste que, pour des « raisons d'Etat » et autres « interventions relevant de l'Etat Major », la constitution d'un groupe de techno-badernes galonnées et de son cortège de « secret militaires » détachées de toute contrainte légale, serait probablement plus dangereuse qu'une armada de LSQ et autres baillons législatifs civils.

Achevons cette revue de presse partisane pour signaler un papier assez sensationnaliste de Newsweek/MSNBC qui titre « Le jour où l'Internet sombra ». Les arguments sont parfois un peu exagérés, le scénario digne des films catastrophe, mais ne perdons surtout pas de vue que MSNBC est un médium grand public, devant simplifier des idées parfois complexes. Et malgré tout çà, les auteurs ont su conserver une ligne « objective », dresser un tableau relativement clair des dangers propres à l'infrastructure IP, aux « rétentions et pressions psychologiques » conditionnant notre monde -même la « démission » de Dan Geer y figure en bonne place-... Tout çà est du bon journalisme, sérieusement documenté, certainement pas aussi exhaustif qu'une thèse de doctorat... mais tellement plus plaisant à lire.

*Nous prions nos lecteurs de la petite ceinture de Bételgeuse de ne voir là aucune allusion xénophobe.

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